Suggestons from the Poet Laureate / Suggestions de la počte officielle - with a photo of Chloé LaDuchesse / avec une photo de Chloé LaDuchesse.

mai 2018
Posted Thursday May 3, 2018 10:45 AM

J’écris ceci et le soleil brille de toute ses forces de l’autre côté de ma fenêtre. Les rues sont poussiéreuses, les arbres, nus, mais l’envie d’aller me poser sur le balcon avec un livre est plus forte que la crainte de voir ce temps magnifique disparaître. Mai, c’est le mois littéraire : à Sudbury, on a droit à PlaySmelter, Ville-lecture, Expozine Sudbury (mon bébé!) et, bien sûr, au Salon du livre du Grand Sudbury, sans compter tous les événements ad hoc qui pullulent à travers la ville. Pour célébrer, voici quelques titres à découvrir ou à redécouvrir ce mois-ci!

Rien que la guerre, c’est tout est une réflexion sur la guerre et sur le dépaysement qu’elle engendre. Dans une langue qu’on dirait scandée, où les répétitions insistent juste ce qu’il faut sur le caractère répétitif des images de la guerre et forment un chant de la désolation, le recueil offre un aperçu de la perte d’humanité propre à la guerre, et tente d’en faire jaillir une certaine vérité. Les ellipses tiennent lieu de révélations, cachant pudiquement les détails les plus cruels de cette guerre qui pourrait être n’importe quelle guerre.

Angelman est un superhéros dont les pouvoirs – l’émotivité, l’ambivalence et savoir-écouter-les-autres – ne lui attirent pas des foules de fans. Heureusement, ses éditeurs sont là pour l’aider à augmenter sa cote de popularité, et à vendre plus de livres et de produits dérivés. S’ensuit une course identitaire qui laisse notre pauvre héros complètement déboussolé. Avec l’humour qu’on lui connaît, Mahler parvient à faire rire tout en offrant une critique mordante d’un système des arts et du divertissement où l’obsession des chiffres écrase de son rouleau compresseur toute velléité d’originalité.

Un livre lu à l’adolescence, et relu l’an dernier sur une plage des Philippines. Un avion s’écrase sur une île déserte; aucun adulte ne survit, et les garçons doivent s’organiser afin de ne pas mourir. Mais bientôt le groupe se scinde en clans, et laisse apparaître une cruauté des plus désarmantes. Un récit troublant sur les limites de la socialisation, où le dépaysement ne tient pas tant dans l’imaginaire déployé que dans sa part de vérité.

Connaissant Aurélie, je m’attendais à un essai brillant, truffé de références et de pistes de réflexions sur la condition des Franco-ontariens, et en particulier ceux du Nord. Mais son livre est bien plus que cela : d’abord et avant tout, il s’agit d’un véritable bonheur de lecture. La plume enflammée défend avec fougue cette culture que l’auteure aime d’amour, et on se prend à célébrer avec elle cette culture créolisée, faite d’échanges, de mélanges et d’espoir. Un essai à lire pour comprendre la culture d’ici, et pour devenir acteur de son rayonnement et de sa pérennité.

L’auteure désormais canonique Marie-Claire Blais a écrit, alors qu’elle avait à peine vingt ans, ce conte cruel. Dans une grande ferme d'une région rurale du Québec, à une époque que l'on être la Grande Noirceur, vivent les membres d'une famille étrange. La mère, obsédée par la beauté de son fils, refuse de voir sa sottise, et prive d’amour et de reconnaissance sa fille, une laiderone rongée par la jalousie. Et c'est tout le drame de l'injustice humaine, de la haine et de la méchanceté que peuvent générer l'absence d'amour, qui se joue dans ce conte noir, âpre, dur comme un caillou. Dans ce conte revu et corrigé, la Belle et la Bête se fondent en une seule et même créature déchirée.

Last Updated Thursday May 3, 2018 10:47 AM

avril 2018
Posted Thursday May 3, 2018 10:30 AM

Qui dit avril dit poésie! En effet, chaque année en avril, on célèbre le Mois national de la poésie. Des événements à saveur poétique ont lieu partout à travers le Canada : lectures, ateliers, performances et même le #NaPoMo, l’équivalent poétique du NanoWrimo, où tous sont invités à écrire un poème par jour. Pour ma part, c’est d’abord et avant tout par la lecture que je célèbre. Voici donc quelques suggestions de recueil ou d’ouvrages portés par une indéniable poésie. Bonne lecture!

Plus récent recueil de la poète originaire d’Hawkesbury, La visiteuse suit le parcours d’une femme dans son exploration de l’altérité. Car comment accueillir l’autre? Chez Andrée Lacelle, donner et recevoir se font dans un même mouvement, paumes tournées vers le ciel. Il s’agit d’une œuvre de maturité, qui saisit l’essentiel de la démarche d’une poète qui écrit depuis plus de quarante ans. Et, est-ce un hasard? Andrée Lacelle est la poète officielle de la ville d’Ottawa.

L’œuvre entière de Robert Dickson, Sudburois d’adoption qui a porté pendant de longues années les projets les plus fous des créatifs de cette ville, est d’une exquise beauté, parlant sans fanfares mais avec un humanisme poignant de la vie et des humains qui la peuplent. humains paysages en temps de paix relative offre des instantanés des lieux – Ottawa, Sudbury, et ailleurs – qui accueillent le poète et lui permettent d’accrocher à ses sentiments la texture du ciel, le gris des trottoirs, la douceur du soleil. Un incontournable auquel je reviens encore et toujours pour retrouver la paix et éprouver le pouvoir de la poésie. 

Poète d’expérience, Guy Cloutier signe, avec Les chiens fous pleurent la nuit, un recueil de poèmes intime et pudique dans lequel il interroge ce qu’il nomme « tout cela », c’est-à-dire tout ce qui entoure la vie et l’encombre de son superflu. Car « tout cela » on finit par le laisser derrière soi : on n’a qu’à penser aux peuples déplacés par les conflits, ou à la mort, qui est sans bagage. Le poète fait donc un double inventaire, celui des souvenirs et celui des peines. Entre les deux, une volonté de dépouillement qui se traduit à la fois par la plume et par l’esprit.

Deux enfants, un garçon et une fille, dans une maison décatie au cœur de la forêt, nourris par les livres et les contes. Le patriarche, autoritaire, n’est plus, et il leur faut trouver un nouvel ordre, alors même qu’ils n’ont connu que cette vie isolée, cruelle et même violente. Un livre écrit dans l’urgence, d’un seul souffle même, porté par une langue inventive et infiniment belle.

La sympathique géante Eartha habite à Echo Fjord, une terre loin de tout où les rêves des dormeurs de la ville viennent terminer leur parcours. Mais avec le temps, les rêves sont de moins en moins nombreux, et les habitants d’Echo Fjord sont désemparés. Est-ce la fin de leur mode de vie, joyeux et féérique? Eartha part donc à la recherche de la Ville au-delà des mers, un endroit où personne n’a mis le pied depuis plus de mille ans. Ce faisant, elle découvrira un monde corrompu et mesquin, mais percera le mystère de la disparition des rêves. Bien que la morale sous-jacente puisse sembler un peu facile, le roman graphique se lit comme une longue fable sur la vie pastorale, la corruption et l’avarice, et est servie par un dessin rigoureux qui transmet avec brio les émotions et les gestes des personnages. Plus que tout, ce livre raconte une histoire remplie de merveilles, que les lecteurs qui ont toujours leur cœur d’enfant apprécieront.

Last Updated Thursday May 3, 2018 10:32 AM

mars 2018
Posted Thursday May 3, 2018 9:30 AM
Le mois de mars est arrivé, et avec lui, mes premières recommandations de lecture! Le catalogue de la Bibliothèque publique du Grand Sudbury comporte de nombreux incontournables, en français comme en anglais. Je vous présente donc cinq de mes coups de cœur, dans les deux langues. Et vous, que lirez-vous en mars?
Je reviens souvent à ce recueil de Carole David, qui fut ma porte d’entrée à son univers poétique. Dans un premier temps, ce Manuel de poétique rend hommage aux grandes poètes d’ici et d’ailleurs, le temps d’un court poème. Puis la poésie se recentre sur la subjectivité de l’auteure. Elle raconte ses voyages entre les lieux et les livres, et dévoile ses inquiétudes, ses sombres visions, ses étincelles. Du grand art.
Tendres et cocasses, les anecdotes poétiques de Cette ville où je déambule nous emmènent au gré des rues et des amours que fréquente de la poète. Les poèmes fragmentés forment de petits récits surprenants, qui mettent de l’avant une conception humaine de la ville, mais aussi une certaine critique de l’indifférence et de l’égocentrisme propres aux métropoles. C’est drôle, c’est incisif, c’est honnête : c’est la poésie de Yolande Jimenez.
On retrouve dans Six degrés de liberté, récipiendaire du prix du Gouverneur général, la même combinaison d’éléments hétéroclites et le même humour que dans les précédents romans de Nicolas Dickner. L’auteur y présente une observation fine des comportements de l’humain en tous genres – son rapport aux déchets domestiques, sa perception de l’espace, les innombrables façons de rater un café. On apprend une foule de choses sur le transport des marchandises et la géographie, et on se prend rapidement d’affection pour les personnages. L’histoire est accrocheuse et juste assez improbable pour nous faire rêver liberté, qu’elle se trouve dans les grands espaces… ou au fond d’un conteneur.
Impossible de déposer ce livre. Avec une plume agile, rêveuse, précise, fiévreuse, Delphine de Vigan raconte sa mère, de l’enfance à la mort, et surtout elle raconte la maladie mentale qui l’a rongée toute sa vie. Aimer une mère malade, vivre dans son amour, comprendre et accepter la faille au milieu de la femme, voilà ce que tente l’auteure avec ce livre. Le résultat : une formidable leçon d’écriture, une réflexion féconde sur la mémoire, la famille et son histoire, petite et grande. Moi qui n’aime pas les autobiographies, j’ai été soufflée par Rien ne s’oppose à la nuit.
Soft City est une bande dessinée fascinante, aux limites de l’anxiogène. Œuvre magistrale, architecturale, au dessin hypnotisant, la bande dessinée raconte une journée dans la vie d’une famille, qui pourrait être n’importe quelle famille tant elles se ressemblent, dans une mégalopole des années 1970. Présentant un monde dystopique ultra standardisé où même le langage se limite aux mots les plus racoleurs, Pushwagner commente à sa façon l’aseptisation des relations humaines et l’uniformisation des cultures au nom de l’efficacité et du sacro-saint marché du travail. Un joyau du roman graphique qui n’a pas fini de faire réfléchir.
Last Updated Thursday May 3, 2018 10:31 AM