The following poems have been written by the 2018-2019 Greater Sudbury Poet Laureate, Chloé LaDuchesse 


Ode à Sylvie
Posted Thursday April 26, 2018 12:30 PM
Une fois n'est pas coutume :
sans cérémonie
tu as pris tes grands sabots
pour aller voir si le grand ciel bleu
est aussi grand
et aussi bleu
de l'autre côté de la ville
que dans ton doux bercail

Libre, tu es
sur cette rue où l'on s'arrête
pour admirer ton allant d'impératrice
ta crinière dans le vent
derrière toi s'étend et on s'entend
pour te trouver
des airs de famille
avec les camélidés les plus
altiers

Certes tu détonnes
et on s'étonne de tes apparats
on tend l'appât, cherche la faille
tâtonne aux limites
du divin et de l'ordinaire
tu résistes aux étiquettes
fière fille, tu es saine et seule
sur nos terres et dans nos cœurs
et la nuit
lorsque exaucée est ta rébellion
nous entendons encore
l'or de ton rire
forger les espoirs de demain

Tu es ici chez toi
sans déroger aux paysages tu
rêves ta ville
et ses configurations stellaires tu
t'uses les ongles
sur ses nids d'autruche tu
caresses de tes cils tendres
les banlieues où ça fleure bon
le pain chaud et les
saucisses à hot-dog


Comme toi je suis
étrangère à ces ilots
de sainte roche noire
au milieu des noires épinettes
comme toi je me gorge
de lacs et de houblon
et de mauvaise poutine
comme toi je querelle
les ratons qui querellent
mes poubelles
qui, elles
portent en leur ventre
tous les mystères du monde

Entre ici et ce Pérou que nous
inventons toutes les deux
il n'y a pas de décalage
entre cette ville où nous sommes libres
d'être et de créer
et l'espace infini
de nos forêts et de nos mots
il n'y a pas de décalage
entre ces êtres qui nous sont chers
et ces inconnus la main tendue
il n'y a pas de décalage

Une fois n'est pas coutume :
sans cérémonie
Sylvie de Lively
a paradé ses flammes et ses foins
sur des territoires
destinés à autrui
et pourtant
tu es ici chez toi
et je suis ici chez moi
et ensemble nous enfourchons les rues
comme d'autres chevauchent leurs balais
à la recherche
des étincelles promises
à celles qui complotent avec
l'éther

- Poème lu le 8 février 2018, lors de l'investiture de Chloé comme Poète officielle
Last Updated Thursday April 26, 2018 12:42 PM

: ta maison
Posted Thursday April 26, 2018 11:30 AM
I.
Les boîtes sont pleines de bouffées d'air, de jouxtes d'enfants, d'arthropodes desséchés. Rien de tout cela ne t'appartient. Tu lisses entre tes paumes quelques vers fanés, des reliques d'autres cieux. Parfois une brèche s'ouvre, se fige un instant, disparaît. Ta mémoire joue en boucle les derniers accords d'une symphonie dont le nom t'échappe. Tu déposes ta tête sur le trottoir, écoutes les pierres raconter les nouvelles du jour.

II.
Ta maison trône sur un rocher noir. Les toiles d'araignées ont envahi les buissons, les escaliers, le sentier parsemé de feuilles mortes. Ta maison regarde la ville comme tu te regardes, les soirs où l'électricité vient à manquer. Il fait noir dans toutes les pièces, le miroir est éteint et tu trébuches sur des débris qui demeurent innommés. Le lit, la table-basse, la bibliothèque. Jamais : ton lit.

III.
C'est en entrant dans la ville que tu arrives à toi-même. La route te recrache où elle veut, tu es sans empire. Tu pourrais atterrir plus loin, dans une autre commune, chez d'autres peuples, le long d'autres escarpements. Tu pourrais planter des fleurs aux très longues tiges, quelque part dans les Alpes ou sur les côtes Honduras. Tu n'as pas construit de nid. Même les oiseaux ne t'inspirent pas confiance.

IV.
Tu t'étais promis un réplit mais les archives s'accumulent, se couvrent de poussière. Dans le salon de grands fantômes pendent des murs, ils t'arrachent à toi-même, te jettent du haut de leurs clous rouillés.

V.
L'hiver approche. Rien n'a été semé au printemps, caressé par l'été, recueilli au creaux des paumes. Il fait froid et les nuages suintent entre les planches disjointes. Seules les souris célèbrent, leurs chorégraphies sont minuscules.

VI.
Là-bas comme ici c'est la même prison. Quatre murs ne suffisent pas à calmer les éboulements dans ta paitrine et tu fais la morte sur le plancher. La mécanique des gestes a reproduit tout ce qui ne fonctionnait pas ailleurs : les gerbes de fleurs séchées, les idoles en plâtre, les ex-voto de papier.

VII.
Il n'est pas possible de réécrire les histoires. Il en faut sans cesse de nouvelles, de meilleures. Là-haut la terre sera meuble et tu prendras racine. C'est sans compter la tristesse du chemin et ses gémissements, ta peur des lendemains de fête, les trous dans tes pieds et le sang qui en gicle à gros bouillons. Plutôt que d'attiser le feu tu investis l'âtre, dessines dans la cendre ton prochain prénom.

VIII.
Au téléphone, ta sœur te décrit les paysages qu'on vend sur du papier glacé. Tu n'as jamais possédé de maison qui ne t'ait été enlevée, tu ornes les murs comme on vandalise un tombeau, avec déférence, le cœur gros. Tu ne dis jamais : mes murs. Tu es contaminée par le goût des autres, derrière ton dos les crucifix te font des grimaces.

IX.
Il n'y a rien à quitter qui ne soit déjà d'autrui. Les boîtes s'empilent près de la porte, tu effaces tes traces à coup de murmures, de langueur. Ta maison est modeste, te propose une dernière plainte pour la route. Les rues on déserté leur poste, emportant les cailloux blancs avec elles.

X.
Passées les frontières de la ville, tu perds les traits de ton visage. Tu auras d'autres adresses, tu connaîtras d'autres chevets. Souvent, tu espères te réveiller dans une langue inconnue pour mieux parler aux spectres, qu'ils t'inventent une bouche, qu'ils te hantent amèrement. D'entre tes lèvres ne coule jamais : chez moi. Pour tout vestige, un seul hymne que tu fredonnes dans le secret de tes paumes.


[Exit, no89, 2017]
Last Updated Thursday April 26, 2018 12:14 PM

certaines savanes
Posted Wednesday April 25, 2018 7:30 PM
à la craie blanche sur les murs du zoo trois lionnes gravent leur fuite pendant que le monde s'écroule dans le salon des bonnes gens

le grand drame réside à gauche de l'espèce le téléjournal crache toujours plus fort lorsqu'il est juxtaposé à une caisse de résonances

elles filent félines vers les terres arables des espoirs canadiens en friche

happées par les rayons bleus une trouée dans le ciel l'ampoule usée des vieux discours

les terres nues des pieds cendreux et frappent plus fort les bonnes nouvelles les belles nouvelles les

elles sont trois à manger la route au goût de sel les lionnes en cavale les juments les chiennes les truies elles rient elles

toutes les imags défilent sur l'écran si plat si lisse quand soudain le micro-ones sonne c'est l'heure

la céramique n'a pas empêché la venue des salissures il fait chaud le ragoût cuit le dégoût tache

la cage est toujours plus dorée chez le voisin ne dit jamais personne chez qui il fait bon vivre au frais

elles s'encombrent des mirages sur les chemins qu'elles empruntent et ne rendent jamais

le climatiseur tourne à vide à vide à

la pêche est miraculeuse au canal loisirs les muscles des achigans scintillent sur la télécommande à tout effort sa prime

une rivière qui n'est pas un obstacle se dresse dans tous les champs de vision elles savent mieux nager que la moyenne des ourses

dans le bouclier canadien la roche est abondante on s'y casse les gencives à temps perdu entre une talle de bleuets et la perdrix du jour

il fait orange à l'ombre et presque vingt-cinq degrés sud

d'instinct la royauté arrache les chaînes es les cheminées les sifflets retentissent ouvrent des brèches dans la ville

la terre n'a pas arrêté de trembler depuis qu'on a annoncé que la valeur du brut passerait à l'histoire

elles dévalent les cratères canadiens c'estune spirale infernale une puissance puérile un jeu de plus dans un paquet de cartes

il faut qu'elles rayent il faut de leur vocabulaire qu'elles apprennent le goût des lexiques volcaniques des rires des rafales des euphories dissonantes

puisque la ville est fauve elles s'emparent des bétons armés le smog et le soufre se déposent le long des terrains vagues où elles chassent les prophéties

trois lionnes atteignent l'horizon l'une tient un fanal et les deux autres se prennent pour des territoires que les hommes n'auraient pas encore baptisés elles investissent tous les titres de propriété il y a une vie au fond des fonds marins

à chaque jour sa nouvelle espèce au canal découverte

elles descendent des hauteurs du nord sont lasses de laper le lac le jour ocre est brûlant et il n'y a pas de lendemain il n'y a pas de grands pins sous lesquels déclarer la venue d'une nouvelle civilisation mais on peut y garer sa voiture

le soleil se noie se noie se

la lumière est un incendie dans les limbes du jour

il existe de ces rideaux opaques sur les âmes des déserteurs qui essaiment vers dix-huit heures dans le rayon des surgelés

toutes les vitrines font des victimes les yeux fondent du désir de posséder sa propre collection de barreaux en titane la distinction s'opère

trois grandes fauvesses officient la messe des recluses se partagent la chair du Christ ontarien les dieux ont des saveurs de crème glacée et les plages suintent les algues bleues

l'une après l'autre après l'autre espérer que le monde continue de s'effondrer dans les domiciles que les yeux se rivent loin des mers et des marées

trois lionnes et un sifflet et quelques aiguilles de pin tombent à l'eau rien de visible rien de risible

combien de milles nautiques entre ici et la prochaine conscience

résonnent les injonctions impossible d'échapper à l'avalanche de rabais le paysage blanc rappelle l'odeur des rétines brûlées

tout est à jeter les canines et les écheveaux la prochaine réalité sera télépathique on y habitera les dépotoirs de Rio

elles brandissent des râles des barrages la pêche est miraculeuse l'air du temps a un goût géométrique elles arborent l'ivresse propre aux animaux dévorent leurs semblables ne croient plus aux oiseaux

il ne reste plus de temps pour les mammifères sacrés elles s'amenuisent se calcifient fossiles les lionnes les combustibles

trois figurines sur une plage du Canada là où la poussière d'os rêve d'être ailleurs il fait plus loin dans les rêves fauves

les châteaux de sable n'en finissent jamais de s'effondrer a-t-on dit au canal évasion pendant qu'on remet

trois lionnes

à leur place

- [Le Sabord, no 105 (Aube), 2016]
Last Updated Thursday April 26, 2018 12:19 PM

Responsible
Posted Friday February 9, 2018 12:30 PM

Corn chips and dark chocolate:
food for the aching mind, the
tamed addict
who calls you late at night
and whispers:
do you have a minute?

On Saturdays she lays on her bed
and listens to the voices
for a while
then drowns them in soft, sweet
poison
On Saturdays she doesn’t call:
she’s afraid to interrupt

She never bit the hands that fed her
but she did write
mean graffiti on bathroom walls.
She even signed her name
in big bright letters.
Her fire, your sun,
and so passed the years.

At first it felt like pink lemonade
in the dread of August.
Champagne of the poor flowing from your
twin mouths
blessing a foolish friendship,
some kind of love, an armistice.

She was strong,
a weapon you had never seen before:
seek and destroy for your
sake
a witty warrior fostered by your
promise of an everlasting home.
You didn’t mean to turn a wild
creature
into a loyal ghost.
Half of herself got lost in translation.
You can now see through
her rib cage
where the flames used to be.
The fight isn’t as exciting anymore.

So you throw the corn, the chocolate
further
you train her not to call on weekends,
on full moons, on rainy days
and hope she recovers
from the infinite craving
she is sinking in.
Who could blame you?
The bird is majestic but her
hollow bones are now
filled with ashes and you really
can’t be held
responsible.

[unpublished, 2017]

Last Updated Friday February 9, 2018 12:06 PM